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Vladimir Lossky (1903-1958), un des plus grands théologiens orthodoxes de notre temps

26 Δεκεμβρίου 2009

Né le 8 juin [26 mai calendrier Julien] 1903, le lundi de la Pentecôte. Son père, Nicolas Lossky, philosophe renommé, refuse de quitter la Russie pendant la période révolutionnaire.

Novembre 1922 : le gouvernement soviétique expulse Nicolas Lossky et sa famille, qui séjournent à Prague de la fin 1922 à octobre 1924.Octobre 1924 : arrivée à Paris. Études en Sorbonne, puis au Collège de France. Licence libre d’histoire du Moyen Âge. C’est l’apprentissage de la rigueur occidentale, conjointe au goût de la profondeur.

1925-1926 : se lie d’amitié avec le Père Eugraphe Kovalevsky et entre dans la Confrérie de Saint-Photius. De cette amitié décisive sort l’idée – et la vocation – d’un témoignage en Occident : témoignage d’une Orthodoxie résolument universelle, capable de revivifier les traditions propres du christianisme français.

4 juin 1928, jour du Saint-Esprit, épouse Madeleine Schapiro qui sera inébranlablement sa compagne de service et de foi. Quatre enfants naîtront de ce mariage. « De ma famille, il ne m’est rien venu que de positif » dira beaucoup plus tard V. L.

1931. Par rigueur canonique, par certitude spirituelle aussi que l’Église doit témoigner là où elle se trouve, sans avoir à revendiquer des conditions « normales », V. L. refuse de se séparer de l’Église russe et, avec la Confrérie de Saint-Photius, assure la fidélité au trône patriarcal de Moscou d’une partie de la colonie russe de Paris.

1935-1936. Controverse sophiologique. V. L. combat le système théologique du Père Serge Boulgakov où il voit le risque d’un « panthéisme chrétien ». Sans la moindre animosité personnelle ou idéologique, il tente de rectifier et d’exprimer d’une manière traditionnelle et rigoureusement orthodoxe l’intuition fondamentale du Père Boulgakov.

16 juin 1936. Un décret patriarcal de Moscou reçoit dans l’Orthodoxie une communauté occidentale, avec son rite propre. V. L, avec la section Saint-lrénée de la Confrérie de Saint-Photius, a joué un rôle décisif dans cet événement.

1940. Au moment de la défaite française, V. L., citoyen français depuis 1939, tente – vainement – de s’engager. Cherchant à combattre, il traverse toute la France, bouleversée par l’exode et par l’invasion. C’est pour lui une véritable prise de conscience de la réalité profonde de la France, de son destin spirituel, du rôle nécessaire de l’Orthodoxie dans ce destin. Expérience consignée dans un ouvrage émouvant : « Sept jours sur les routes de France ». En été et à l’automne, il traduit l’entretien de saint Séraphim de Sarov avec Motovilov. Au cœur du drame : la France, l’Orthodoxie, les deux pôles de son destin.

1940-1944. La guerre, l’occupation. V. L. participe à la Résistance. Il prononce une série de conférences sur la théologie mystique orthodoxe entre 1941 et 1942. Il les rédige et les publie en 1944 sous le titre : La théologie mystique de l’Église d’Orient.

1945. Fondation de l’Institut Saint-Denis, qui dispense, en langue française, un enseignement théologique orthodoxe et forme des prêtres pour l’Orthodoxie française. V. L. est doyen de l’Institut où il enseigne la théologie dogmatique et l’histoire de l’Église.

Octobre 1947. V. L. participe à Oxford à une rencontre interconfessionnelle sur le thème du Filioque. L’orateur catholique, le Père Henry, doit, après une longue controverse avec V.L., admettre qu’il s’agit d’un problème essentiel qui pose réellement pour les catholiques et les orthodoxes une question de foi.

1950-1957. Le Père Sophrony, éditeur principal du « Messager », collabore étroitement avec V. L., dont il subit l’influence.

1953. La rupture du P. Eugraphe Kovalevsky avec le patriarcat de Moscou compromet, en lui enlevant toute base canonique, un important aspect du témoignage orthodoxe en France. Pour V. L., c’est une épreuve infiniment douloureuse. Il quitte l’Institut Saint-Denis. Il se reprend en s’intériorisant plus encore. En lui, le savant et le spirituel l’emportent d’une manière définitive sur le « militant ». C’est au cœur de la science et de la pensée occidentales qu’il va s’établir témoin.

Août 1956. V. L. est invité en Russie par l’Église patriarcale. Moscou, Vladimir, Leningrad, Kiev. C’est la rencontre de l’Église qui prie, c’est le dépassement de l’exil involontaire, reconnu providentiel, dans une universalité orthodoxe où s’intègrent l’Orient et l’Occident.

Il meurt, vite et simplement, le 7 février 1958.

Biographie extraite du périodique « La Vie Spirituelle », éditions du Cerf

Novembre-décembre 1987. 67e année. N° 677. Tome 141