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« Forme de Dieu » et « Forme de Serviteur » (2)

6 Μαρτίου 2010

La kénose est l’abaissement du serviteur qui ne cherche pas sa propre gloire mais celle du Père qui l’a envoyé. Le Christ n’affirme jamais, ou presque jamais, sa divinité. En se renonçant totalement, en laissant sa nature divine inapparente, en abandonnant toute volonté propre au point de dire : « Le Père est plus grand que moi », il accomplit sur la terre l’œuvre d’amour de la Trinité. Et par le respect infini dont il témoigne envers la liberté humaine, au point de ne montrer aux hommes que le visage douloureusement fraternel de l’esclave et la chair douloureusement fraternelle de la croix, il éveille en l’homme la foi comme une réponse d’amour : car seuls les yeux de la foi reconnaissent la forme de Dieu sous la forme de l’esclave et, déchiffrant sous un visage humain la présence d’une personne divine, apprennent à déceler en tout visage le mystère de la personne créée à l’image de Dieu.  Ancore…

Cependant avant que la kénose du Christ ne prenne fin avec sa Résurrection, deux théophanies se sont produites à travers son humanité : l’une au Baptême, l’autre à la Transfiguration. Chaque fois, le Christ s’est manifesté non dans la « forme d’esclave » mais dans la « forme de Dieu », il a laissé rayonner à travers son humanité déifiée, –  car, selon saint Maxime le Confesseur, son humanité économiquement corruptible était naturellement incorruptible –, sa nature divine, c’est-à-dire son unité avec le Père et l’Esprit. La voix du Père, la présence du Saint-Esprit sous la forme de la nuée, ou de la colombe, ont fait de ces deux manifestations de la « forme de Dieu » deux théophanies trinitaires. Le kontakion de la fête de la Transfiguration souligne que les disciples ont vu la gloire divine « selon leur capacité » afin que « lorsqu’ils verront ta crucifixion et ta mort, ils comprennent que tu les subis librement » et non par nécessité de nature.

Que cette « lumière de la Transfiguration n’ait pas commencé et n’ait pas pris fin » (saint Grégoire Palamas) doit nous rendre encore plus sensible à la réalité de la kénose. Le Christ a accepté volontairement et totalement les conséquences de notre péché depuis l’Incarnation jusqu’à la mort. Il a connu toutes les infirmités, toutes les limitations de notre condition, mais non les passions destructrices qui dépendent de notre liberté. Et même le second Adam, pour se « configurer » entièrement au premier a permis l’approche du tentateur, non plus au Paradis cette fois, mais dans la condition de l’homme déchu. Seulement dans le Christ la non-existence devenait souffrance et amour, et non pas mal ni haine : c’est pourquoi le tentateur s’est trouvé rejeté par celui qui portait en lui plus que le Paradis, par Celui qui est.

Sources: Textes extraits du périodique « La Vie Spirituelle », éditions du Cerf, Novembre-décembre 1987. 67e année. N° 677. Tome 141 & Icônes de Léonide A. Ouspensky et du Moine Grégoire Krug, amis de V. L., extraites de l’ouvrage “L’iconographie de l’église des Trois Saints Hiérarques”, Paris 2001.