Le jugement et l’entrée dans la vie éternelle s’accomplissent, selon saint Syméon le Nouveau Théologien, dès ici-bas, avant la mort et la résurrection, dans les saints vivant en communion constante avec Dieu.

La conscience de la plénitude de l’Esprit-Saint donnée à chaque membre de l’Église, selon la mesure de l’élévation personnelle de chacun, fait évanouir les ténèbres de la mort, la crainte du Jugement, le gouffre de l’enfer, en dirigeant les regards uniquement vers le Seigneur venant dans sa gloire. Cette joie de la résurrection et de la vie éternelle fait de la nuit pascale un « festin de la foi », où chacun participe, ne fût-ce que dans une très faible mesure et pour quelques moments, à la plénitude du « huitième jour » qui n’aura point de fin. Une homélie attribuée à saint Jean Chrysostome lue chaque année pendant les matines de Pâques, exprime parfaitement le sens de cette plénitude eschatologique à laquelle aspire la chrétienté orientale : Encore…Que celui qui est pieux, que celui qui aime Dieu vienne se délecter de cette belle et lumineuse fête.

Que celui qui est un serviteur fidèle entre avec allégresse dans la joie de son Maître.

Que celui qui a supporté les fatigues du jeûne reçoive maintenant son denier.

Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive aujourd’hui son juste salaire ; que celui qui est venu à la troisième heure se réjouisse en rendant grâces ; que celui qui est arrivé à la sixième heure n’éprouve aucun doute, car il ne perdra rien ; que celui qui a tardé jusqu’à la neuvième heure s’approche sans hésitation et sans crainte ; que celui qui n’est apparu qu’à la onzième heure n’ait aucune peur du fait de son retard.

Car le Seigneur est généreux, Il reçoit le dernier comme le premier, Il admet au repos l’ouvrier de la onzième heure, comme celui qui a travaillé dès la première heure ; Il fait grâce au dernier et II chérit le premier ; Il donne à celui-ci et Il accorde à celui-là ; Il reçoit l’œuvre et II accueille l’intention ; Il honore le travail et II loue le bon propos.

Entrez donc tous dans la joie de votre Maître : recevez la récompense, les premiers comme les seconds ; riches et pauvres, jubilez ensemble ; les abstinents, les paresseux, honorez ce jour; vous qui avez jeûné, et vous qui n’avez pas jeûné, réjouissez-vous aujourd’hui….

Le festin est prêt ; participez-y tous. Le veau gras est servi ; que personne ne s’en aille affamé.

Que tous se délectent au banquet de la foi ; recevez tous des richesses de la bonté.

Que nul ne regrette sa pauvreté, car le royaume commun est apparu.

Que nul ne pleure ses fautes, car le pardon a resplendi du Tombeau.

Que nul ne craigne la mort, car la mort du Seigneur nous a libérés.

Il a éteint la mort, Celui qui était retenu par elle.

Il a emprisonné l’enfer, Celui qui y est descendu.

Il l’a attristé, Celui qui lui a fait goûter de sa chair.

Ayant connu cela d’avance, Isaïe clame :

L’enfer, dit-il, s’est attristé, lorsqu’il T’a rencontré sous la terre. Il s’est attristé, parce qu’il a été anéanti ; il s’est attristé, parce qu’il a été humilié ; il s’est attristé, parce qu’il a été mis à mort ; il s’est attristé, parce qu’il a été terrassé ; il s’est attristé, parce qu’il a été lié.

L’enfer a saisi un corps, et il s’est trouvé devant Dieu ; il a saisi la terre, et il a rencontré le ciel ; il a saisi ce qui est visible, et il est tombé dans ce qui est invisible.

Où est ton aiguillon, ô mort ; enfer, où est ta victoire ? Christ est ressuscité et tu as été terrassé.

Christ est ressuscité, et les démons sont tombés.

Christ est ressuscité, et les anges se réjouissent.

Christ est ressuscité, et la vie triomphe.

Christ est ressuscité, et il n’y a plus de morts dans les tombeaux.

Car le Christ est devenu prémices de ceux qui dorment, étant ressuscité des morts. A Lui gloire et honneur aux siècles des siècles. Amen.


Sources : Homélie pascale de saint Jean Chrysostome ; P. G. t. 59, col. 721-724 (spuria), citée par Vladimir Lossky dans « Essai sur la Théologie mystique de l’Église d’Orient », aux Éditions du Cerf. Fresques du Saint Monastère de Vatopaidi, Mont Athos.