La presqu'île du Mont Athos, vue du Sud

Depuis le début, l’Ancien regrettait de ne pas avoir rencontré de père spirituel, avec tout ce que ce mot signifie : un homme ayant l’expérience qui convient, un homme qui lui délivrerait un enseignement et le guiderait dans cette vie subtile et mystérieuse. Malgré ses déceptions, comme il nous l’avoua, il ne cessa de chercher et d’espérer. Encore…Il précisera dans l’une de ses lettres à un des ses enfants spirituels : « Moi, quand je suis venu au Mont Athos, j’ai trouvé plusieurs Pères expérimentés dans l’ascèse et la contemplation. Des hommes saints et vénérables.

Il y en avait un des plus admirables à la grotte de saint Pierre l’Athonite († début IXe siècle), le Moine-Prêtre Papa-Daniel (†1929), émule de saint Arsène le Grand (†449). Extrêmement silencieux, priant sans cesse, vivant en reclus. Pendant 60 ans, il ne laissa pas un seul jour sans célébrer la Liturgie Eucharistique. Et il finit sa vie dans un grand âge sans jamais avoir été malade. Sa Liturgie durait toujours de trois heures et demie à quatre heures, parce qu’il ne pouvait pas dire les prières à cause de sa grande componction : il trempait le sol de ses larmes. Il ne terminait jamais la Liturgie sans que le sol sous lui soit devenu boueux. Pour cette raison, il ne voulait pas d’étrangers à sa Liturgie, pour que son activité spirituelle ne soit pas exposée. Mais moi, puisque je l’avais beaucoup imploré, il m’accepta. Et chaque fois que j’allais – trois heures de marche pendant la nuit – il me disait une ou deux paroles pleines de sève spirituelle en sortant du sanctuaire, et il disparaissait aussitôt jusqu’au lendemain. C’est de lui que j’ai pris mon programme de vie ascétique et j’en ai tiré grand profit. »

Élevé selon la morale et les principes chrétiens d’alors, l’Ancien grandit, éduqué dans la vraie chasteté. Lorsqu’il lisait dans les Vies des Pères des récits de combats et de tentations de ce type, en l’absence de toute cause matérielle, cela lui semblait étrange.

Un jour, pendant sa prière, il vit apparaitre un gros bataillon de moines en ordre de bataille et, à l’opposé, une armée de nombreux êtres noirs et féroces aussi bien hideux extérieurement qu’intérieurement. « Alors s’approcha de moi un glorieux général qui me dit : “Veux-tu combattre en première ligne ?” Je me réjouis beaucoup, car je ressentais beaucoup de fureur contre ces adversaires. Alors, ce général me sépara des autres Pères. Nous dépassâmes trois ou quatre lignes et il me plaça sur la première ligne, où se trouvaient un ou deux autres moines. Il me sourit et me dit : “Celui qui veut combattre les démons, je ne lui ferai pas obstacle. Bien au contraire, je l’aiderai.” Quand je revins à moi après cette vision, je saisis rapidement son sens et je me dis : “Humble Joseph, prépare-toi pour de plus grands combats !” »

Et de fait, de terribles tentations charnelles ne tardèrent pas à l’assaillir. Cela dura 8 ans. Seul l’Ancien Papa-Daniel le réconfortait, car il voyait les efforts sincères qu’il faisait pour son salut. Les autres moines les évitaient, lui et le Père Arsène, pensant qu’ils étaient dans l’illusion.

Sources :

– VIE : texte condensé et complété, traduit de l’ouvrage : « L’Ancien Joseph l’Hésychaste » du Père Joseph de Vatopaidi (†2009), éditions du Monastère de Vatopaidi (en Grec) et extraits condensés de la traduction intégrale d’Yvan Koenig, dans la collection « Épiphanie – Tradition orthodoxe – Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » dirigée par Jean-C1aude Larchet, Éditions du Cerf, Paris, 2002.

– LETTRE 11 : texte condensé extrait de l’ouvrage : « Joseph l’Hésychaste, Lettres Spirituelles » traduites par Yvan Koenig, dans la collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » dirigée par Jean-C1aude Larchet, Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 2005.