Groupe de moines. Deuxième à partir de la gauche l'Ancien Arsène. Assis au milieu, l'Ancien Joseph l'Hésychaste

À la mort de l’Ancien Éphrem, notre père Joseph devint régulièrement Ancien et père spirituel de leur petite fraternité, à l’âge de 32 ans. Peu de temps après, il sortit du Mont Athos, pour la première fois depuis dix ans. Il alla à Athènes pour donner l’habit monastique à sa mère, Marie, sous le nom de sœur Agathange. Naturellement, le Père Arsène l’accompagnait. Encore…Ils profitèrent de l’occasion pour aller voir la sœur du Père Arsène, la moniale Eupraxie, et son père spirituel, l’Ancien Jérôme d’Égine (†1965), alors âgé de 46 ans. Les deux grands Anciens, ayant « trouvé un homme » à qui parler, purent, tout à leurs aises, s’entretenir des plus hauts états spirituels, au grand ébahissement de sœur Eupraxie. Ils allèrent aussi à Drama où vivait le frère du Père Arsène et sa petite famille ; Charalampos son fils, filleul du Père Arsène, allait par la suite les rejoindre au mont Athos.

Enfin, sur le chemin du retour, ils rencontrèrent à Thessalonique un groupe de pieuses veuves réfugiées d’Asie Mineure – au début du XXe siècle, les Turcs y avaient exterminé une grande partie des hommes valides Grecs – dont la seule consolation était la prière. Nuit et jour elles criaient vers Dieu leur détresse avec ces mots, moitié en turc, moitié en grec : « Zaklim Issou, zaklim Issou ! », c’est à dire : « mon doux Jésus ». L’Ancien constata qu’elles avaient déjà commencé à goûter la douceur des fruits de la prière.

Malencontreusement, à leur retour à l’Athos, ils se retrouvèrent orphelins : cette même année s’endormirent dans le Seigneur leur deux pères spirituels, l’Ancien Daniel de Katounakia et Papa-Daniel l’Hésychaste. L’Ancien Joseph pleura beaucoup. Puis, pendant une année entière, ils cherchèrent fébrilement un nouveau guide spirituel, explorant pouce par pouce tout le Mont Athos sans se soucier de gite ou de nourriture.

L’Ancien avait déjà goûté la Grâce des Parfaits, mais il voulait apprendre comment la conserver et qu’on lui explique le mystère de la pédagogie de Dieu envers les ascètes.

L’ancien entretenait une correspondance spirituelle avec les veuves de Thessalonique, qui ne tardèrent pas à demander de recevoir l’habit monastique. Finalement, en 1930, il décida de les aider, de les rassembler et de rester avec elles pour un temps. On lui accorda le Monastère de Saint-Nicolas, presque en ruines, dans le village déserté de Gerovitsa. Il demanda l’aide de son frère Léonard pour la restauration du bâtiment, car c’était son métier. Il donna l’habit à cinq de ces femmes, des âmes simples et sanctifiées qu’il dirigeait dans la sagesse de l’Esprit Saint.

Il subit, en conséquence de cette œuvre spirituelle, les calomnies classiques, tout comme saint Nectaire avant lui. Il dut quitter le Monastère et se faisait du souci pour les moniales mais, pendant sa prière, saint Nicolas lui apparut et l’assura qu’il les prenait en charge. Il dut même comparaître au tribunal. À cette époque encore, de nombreux Juges étaient pieux, intègres, éclairés par la Grâce. Dès qu’il le vit arriver, le bon magistrat comprit quel genre d’homme il était et lui dit : « allez, mon Père, retournez dans votre cellule et priez pour moi ! » et il classa l’affaire.

Ils revinrent à Saint-Basile aux débuts de 1933.

Source : – Texte condensé et complété, traduit de l’ouvrage : « Mon Ancien, Joseph l’Hésychaste et Troglodyte (1897-1959) » du Père Éphrem de Philothéou, éditions du Monastère de Saint Antoine, Arizona, USA 2008 (en Grec).