La chapelle funéraire et le tombeau de l'Ancien Joseph l'Hésychaste, en bas des bâtiments de l'Annonciation, à Néa-Skiti

Les jeunes disciples, dans leur enthousiasme, aspiraient à mener la même ascèse que les deux Anciens, mais ils n’avaient pas la même constitution. Devant leur insistance, l’Ancien les autorisa pourtant à suivre sa règle de jeûne pendant le Carême de Pâques, à leur grande joie. Mais la cinquième semaine, ils ne se réveillèrent pas à l’heure convenue. Le Père Arsène prévint l’Ancien Joseph : « Révérend Père, les enfants sont malades, ils ne se lèvent pas. Mais non, Arsène, ne soit pas naïf ; ils n’ont rien du tout ! Donne-leur seulement un peu de pain. » Et de fait, quand ils prirent ce “médicament”, ils se rétablirent immédiatement ! Encore…Cependant, au bout de six années passées à la Petite Sainte-Anne, les conditions climatiques du lieu eurent raison de leur bonne volonté. L’été, la chaleur les empêchaient de dormir, et l’hiver ils en virent à devoir chauffer l’eau avant de la boire et à s’emmitoufler de plusieurs couches de vêtements, ressemblant alors à des cosmonautes. L’ancien s’adressa au Père Arsène : « Arsène, il me semble que notre séjour ici touche à sa fin. Les enfants sont malades. C’est peut-être nous qui allons nous occuper d’eux ? » Suite aux propositions du Père Théophylacte, un vieillard déjà avancé dans la vie spirituelle qui désirait se placer sous la direction de l’Ancien, ils décidèrent d’aller s’installer auprès de lui, à Néa-Skiti qui a un climat plus clément, se trouvant bien plus bas, près de la mer. En Septembre 1953, chacun prit sur ses épaules une couverture, quelques guenilles et quelques livres, car ils ne possédaient rien d’autre.

L’Ancien Séraphim, Higoumène du Monastère de Saint-Paul, dont dépend la région, leur offrit toute la partie déserte jusqu’à la mer avec quatre cabanes et quelques grottes, désireux de les garder près de lui. En outre, les Pères des environs respectaient leur hésychia. L’Ancien était ravi : il s’était rendu compte que vivre dans un lieu éloigné et austère n’était pas si profitable à cause des soucis, de la perte de temps et de la fatigue causés par la nécessité de s’approvisionner en choses nécessaires, et en fin de compte ne garantissait pas forcément l’isolement requis pour la vie contemplative. Les jeunes recouvrèrent la santé et reprirent le combat spirituel : obéissance, silence, garde des pensées, jeûne et prière. Ils aménagèrent les bâtiments et construisirent une chapelle dédiée à l’Annonciation.

Mais la santé de l’Ancien, usé par l’ascèse et fatigué par ce dernier déplacement, se détériora. Jour après jour, ses forces l’abandonnèrent. Le moindre mouvement s’accompagnait chez lui d’une enflure et d’une crise d’asthme ainsi que d’autres symptômes, courants dans un organisme malade et épuisé. Ce fut le sommet de sa lutte contre lui-même. S’appuyant sur la foi et non sur la raison humaine, il ne retranchait rien des règles de vie qu’il s’était imposées. Deux maladies graves, coup sur coup, mirent un terme à sa vie dans ce monde. Ses disciples firent tout leur possible pour le sauver. Ils firent venir des docteurs de l’extérieur et recoururent aux enfants spirituels de l’Ancien pour diagnostiquer les affections ou envoyer des médicaments. « Ne vous donnez pas de mal pour rien, disait-il, l’heure est venue pour moi de partir. Vous ne faites que me tourmenter. Mais, puisque vous insistez, faites comme bon vous semble. »

Désormais incapable de bouger ou de s’allonger en raison de sa maladie, il restait assis dans un fauteuil improvisé en pleurant sans cesse sur la vanité de la vie. Le 15 août 1959, jour de la Dormition de la Mère de Dieu, il assista à la Liturgie et reçut la communion pour la dernière fois. Il regardait avec insistance l’icône de la sainte Mère de Dieu qu’il aimait tant, comme s’il lui demandait quelque chose qu’elle connaissait très bien. Après l’office, ils l’installèrent dehors, dans son fauteuil. Il garda auprès de lui le Père Arsène, comme toujours, après avoir donné sa bénédiction à tous les autres. « Arsène, disait-il joyeusement, quand partons-nous ? Tu ne pries pas, apparemment, et le temps passe ! »

Un moment, il regarda vers le ciel, semblant voir quelque chose, puis il dit : « tout est consommé, je pars. Pardonnez-moi ! » Il prit la main de son inséparable compagnon comme pour le saluer une dernière fois et rendit paisiblement son âme bienheureuse. C’était un vendredi matin, après le lever du soleil. Le lendemain eurent lieu ses funérailles. Tous les Pères et les pauvres des environs y assistèrent, car il avait toujours montré un grand amour pour son prochain. En guise d’adieu, chacun reçu paisiblement dans son cœur la Grâce de Dieu telle qu’elle irradie des saints, et ce fut pour tous un jour de grande joie.

Sources : Extraits condensés et complétés de la traduction par Yvan Koenig de l’ouvrage « L’ancien Joseph l’Hésychaste » du Père Joseph de Vatopaidi, dans la collection « Épiphanie – Tradition orthodoxe – Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » dirigée par Jean-C1aude Larchet, aux Éditions du Cerf, Paris, 2002.