Les Anciens Joseph de Vatopaidi et Éphrem de Katounakia avec les disciples du premier, à Néa-Skiti, là où mourut leur Père spirituel Joseph l'Hésychaste.

Dans un Monastère que je ne nommerai pas, le Prêtre était en train d’encenser. Arrivé devant un Ancien, il ne l’encensa pas. L’Ancien, le voyant passer ainsi, lui dit :

« Père, pourquoi ne m’encenses-tu pas ?

Bénissez Révérend Père ! Je ne vous ai pas vu dans la stalle.

Mais j’étais dans ma stalle, Père.

Encore…

Non, je ne t’y ai pas vu. »

Les autres Pères, entendant cette discussion, dirent : « Révérend Père, le Prêtre a le charisme de clairvoyance et il sait ce qu’il dit. »

L’Ancien réfléchit, réfléchit et dit : « Le Prêtre a raison : de fait, je n’étais pas là, je pensais à une dépendance du Monastère. »

Vous voyez où était sa pensée ?

Un jour, une candidate à la vie monastique arriva auprès de saint Nectaire à Égine. Il lui dit :

« Mon enfant, va paître les brebis, nous en avons cinq à dix, va les faire paître.

Bien Révérend Père, que cela soit béni. »

Un jour passe, deux jours ; la novice vient alors lui dire : « Révérend Père, les pensées m’envahissent et disent : “je suis venue pour être moniale, pas pour être une bergère.”

Mon enfant, lui dit-il, lorsque j’encense l’église, je te vois dans la stalle, à ta place. »

La novice, bien qu’elle fût bergère, était en pensée en prière, sa pensée était à l’église, c’est pourquoi le saint l’y voyait.

C’est la pensée qui est jugée. Par la pensée nous sommes corrompus et par la pensée nous sommes rendus meilleurs. Le moine n’a pas d’action, il a une pensée. Ta pensée se tourne-t-elle vers ce qui n’est pas bon ? Tu en es responsable, tu es responsable. Tu vas objecter : « Mais la pensée de l’homme ne se laisse pas remettre à l’ordre ! » Bon, mais quand elle se disperse, alors rassemble-la encore et encore.

L’Ancien disait souvent qu’il percevait certains péchés graves comme une puanteur. « Le péché a une mauvaise odeur ».

Quand un Évêque l’interrogea, en présence d’un tiers, sur l’œcuménisme, il se mit à prier pour que Dieu l’informe : « Une mauvaise odeur avec un goût désagréable, amer, âcre. Voilà ! Tel fut le résultat », disait-il avec horreur.

Source : Textes arrangés, condensés ou complétés, extraits de l’ouvrage : « L’Ancien Éphrem de Katounakia »  du Père Joseph de Katounakia, traduit par Yvan Koenig, dans la collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » dirigée par Jean-C1aude Larchet,  Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 2002