L'Ancien Éphrem de Katounakia avec l'Ancien Émilien de Simonos-Pétra. Il disait de l'Ancien Émilien que Dieu lui avait envoyé un autre Père Joseph

Les sentences des Pères du désert nous racontent que l’Abbé Nisterôs acquit la réputation d’être un saint. Quelqu’un vint le voir et lui dit : « Quelle vertu as-tu pratiquée, Père, pour arriver à un tel niveau ? » Il lui répondit : « Quand je suis arrivé au Monastère je me suis dit ceci : “Toi et l’âne, c’est tout un. Autant l’âne parle lorsqu’on le frappe, autant toi tu dois parler lorsqu’on te frappe.” »

Tel était le fondement de son comportement ; lorsqu’on le frappait, il disait : « Bénissez ! » Mais nous maintenant nous en sommes arrivés au point de ne plus supporter la moindre parole. Encore…

Tant que l’homme vit, il doit se battre sans trêve ni répit. Le premier combat consiste à se vaincre soi-même. Le premier et le plus grand ennemi de l’homme, ce n’est pas le diable, non. C’est l’homme lui-même, perfide à l’égard de lui-même. Et cela parce qu’il n’écoute pas l’autre, il écoute ce que lui dit sa pensée. Puisque nous avons des Pères si saints, imitons-les, lisons leurs écrits. Malgré cela notre moi nous domine souvent. Lorsque l’homme parvient à se vaincre lui-même, il devient aux yeux de Dieu le plus grand des martyrs, des triomphateurs et des vainqueurs.

La Croix ne fait pas défaut. Pourquoi ? Parce que de même que notre Chef est monté sur la Croix, nous aussi nous devons y monter, si l’on peut s’exprimer ainsi. D’un certain point de vue, elle est douce et légère, de l’autre, elle est amère et lourde. Cela dépend de notre disposition. Si tu portes la croix du Christ avec amour, elle est aussi légère qu’une plume. Mais si tu la considères d’un autre point de vue, elle est lourde et insupportable.

C’est pourquoi, à moi aussi l’expérience m’a enseigné. « Que la volonté de Dieu soit faite ! Dieu l’a voulu !» Et tu t’apaises pour ainsi dire. Mais si tu commences à dire : « Mais pourquoi ceci ? Pourquoi cela ? », alors tu ne trouveras pas la paix.

Ce n’était pas la volonté de Dieu que je parte dimanche, mais le lundi ; Il ne voulait pas que je parte le mardi, mais le mercredi ; c’est comme cela que Dieu en a décidé. Si tu considères les choses d’un autre point de vue selon ton jugement propre, tu te tromperas et tu ne recevras pas de récompense. Tu ne recevras pas de récompense !

C’est celui qui vit dans l’obéissance qui remporte le prix, qui est récompensé et couronné. Celui à qui il obéit l’est aussi, bien sûr, mais le disciple l’est davantage. Car le disciple, c’est le Christ Lui-même, il imite le Christ.

Source : Textes arrangés, condensés ou complétés, extraits de l’ouvrage : « L’Ancien Éphrem de Katounakia »  du Père Joseph de Katounakia, traduit par Yvan Koenig, dans la collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » dirigée par Jean-C1aude Larchet,  Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 2002