L'Ancien Éphrem de Katounakia et ses disciples, en 1982. Derrière lui se tient le Père Joseph, son successeur et biographe

Nombreux sont ceux qui viennent pour me demander mon avis : doivent-ils ou non devenir moines ? Mais moi, même si dans ma prière je reçois une information divine, je ne la leur dirai pas. Non. La seule chose que je puisse faire, c’est de prier pour que toi tu choisisses ton chemin. Je n’ai pas à te le dire. Non. Demain, après-demain je ne sais pas ce qui peut arriver. Je ne veux pas, parce que j’ai mal interprété quelque chose dans ma prière, que tu viennes me dire que je t’ai pris à la gorge. C’est toi-même qui dois choisir quel chemin tu veux prendre. Encore…

Voilà, il y a dans chaque Monastère des icônes miraculeuses de la Mère de Dieu. Va là-bas, dis un office d’intercession devant l’icône et la Très-Sainte que tu prieras te révélera la voie que tu dois suivre. Mais toi, Père, est-ce que tu t’enflammeras avec le feu qui brûle en moi ? Non.

Ce qui relève du démon, comment vous le dire, engendre en nous quelque chose d’un peu froid, d’un peu indécis, disons, d’un peu douteux, qui ne te satisfait pas ; tu n’es pas informé par Dieu de faire cela. Tu ne ressens pas une plénitude intérieure pour l’accomplir. Tu hésites un peu, tu doutes un peu intérieurement quand il s’agit de quelque chose qui relève du démon.

Souvent, et même lorsque nous célébrons la divine Liturgie, la tentation vient. Car ne va pas croire, Père, que nous sommes inaccessibles à la tentation, même en célébrant. Eh, voilà que quelqu’un chante au chœur ; tu t’irrites : « Pourquoi chantes-tu si lentement ? Sois un peu plus rapide mon enfant ! » C’est le tentateur qui vient de s’approcher de toi.

En 1974, les efforts, la solitude et le combat pour le salut de l’âme du défunt Ancien Nicéphore épuisèrent le Père Éphrem et, alors que depuis des années il vivait de fèves, la première fois qu’il en consomma cette année-là, il souffrit de favisme à cause d’un appauvrissement de son sang. Il alla se faire désintoxiquer à Thessalonique, assisté par son frère en Christ, le futur Ancien Joseph de Vatopaidi. Sur le trajet, ils furent hébergés par une pieuse famille de leur connaissance. La petite fille, Marie, s’occupait avec beaucoup de dévouement de l’Ancien, qui disait en remerciement : « Que Dieu bénisse ma petite Chrysobalantine ! » mais, à chaque fois, l’enfant répliquait : « Papi, on m’appelle Marie ! »

Cependant, de nombreuses années plus tard, cette jeune fille suivit l’appel de Dieu et entra au couvent, où elle devint sœur Chrysobalantine, selon l’épithète de sainte Irène de Cappadoce, Higoumène du Monastère de Chrysobalantou († 912).

Source : Textes arrangés, condensés ou complétés, extraits de l’ouvrage : « L’Ancien Éphrem de Katounakia » du Père Joseph de Katounakia, traduit par Yvan Koenig, dans la collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » dirigée par Jean-C1aude Larchet, Éditions L’Homme, Lausanne 2002