Les cabanes de l'Annonciation à Katounakia (devant la grotte de l'Ancien Joseph) et de Saint-Jean-Baptiste à Saint-Basile

La principale cause de trouble était due au fait que les moines des environs avaient la vieille habitude d’emprunter un raccourci passant par la cour de leur habitation. Ils aimaient les Pères des environs et toute querelle aurait été absurde. Préférant l’hésychia à la brouille avec les autres Pères, ils décidèrent de s’installer définitivement à Saint-Basile, qui se trouve plus en hauteur dans un endroit écarté et paisible. Encore…Un déplacement est en soi quelque chose de déplaisant. Mais, lorsqu’il devient indispensable et profitable pour atteindre le but fixé, il faut s’y résoudre et agir. Le Prince du Mal utilise tous les moyens dans sa guerre contre nous pour faire obstacle à notre progrès spirituel. Il se sert des lieux, des régions, de nos membres, des personnes, des choses, de l’intérieur, de l’extérieur, de l’environnement et de tout ce qui peut venir à l’esprit. Il se tourne contre nous pour amoindrir notre foi en Dieu, détruire nos convictions et ruiner ainsi nos espoirs. Il attaque avec une frénésie furieuse ceux qui progressent dans l’œuvre du cœur et la garde de l’intellect. C’est à peu près ce que dit saint Isaac le Syrien dans ses “Discours ascétiques” : « Quand le diable constate qu’un progrès de ce genre se dessine, il suscitera, même de l’autre extrémité de la terre, un homme ou un prétexte pour lui faire obstacle, afin que l’intellect ne fasse pas l’expérience sensible de la Grâce. »

Ils partirent pour Saint-Basile en n’emportant que ce qu’ils pouvaient transporter : quelques livres et une partie de leurs habits. À Saint-Basile, ils rencontrèrent une nouvelle difficulté : ne trouvant pas de cabane libre où s’installer, ils furent forcés de s’en construire une. L’Ancien Éphrem ne vécut pas longtemps. Il s’endormit saintement, ayant pressenti sa fin et s’y étant préparé.

Libres de tout souci après le départ de leur Ancien, les deux jeunes ascètes délaissèrent leur cabane improvisée. Pendant tout l’été, ils recherchaient les endroits où avaient demeuré des moines vertueux ou se rendaient jusqu’aux Monastères les plus éloignés pour rencontrer des hommes spirituels. Mais ils étaient le plus souvent dans les environs de la Grande Lavra et de leur Athos bien-aimé. Leur souci était de rester inconnus et surtout de trouver un père spirituel expérimenté. Pour seul bagage, ils emportaient un vieux froc monastique russe fourré qui leur servait aussi de lit, un sac pour le pain sec qu’on leur donnait et une petite casserole de cuivre. Ils ne parlaient pas du tout, même entre eux, marchant toujours à une certaine distance l’un de l’autre. L’hiver, revenus à leur cabane, ils restaient dans l’hésychia jusqu’à Pâques.

Ils veillaient et jeûnaient beaucoup : le Père Joseph ne mangeait par jour que 75 grammes de pain sec, à la neuvième heure (quinze heures modernes). S’ils se trouvaient dans un Monastère le Samedi ou le Dimanche, ils mangeaient un peu. Ils n’avoir besoin de pratiquement rien. Ainsi, au début, ils n’eurent pas besoin de travailler. Ils menèrent cette vie pendant huit ans, puis ils se fixèrent dans leur cabane.